Justice
L'actualité gratuite désormais interdite sur Internet.
Par Jerome Saiz, le 01 avril 2003 à 12:54:00.
Un consortium des plus grands médias présents sur Internet vient de signer avec le gouvernement le très décrié Protocole d'Accord sur l'Information Numérique (PAIN). Sous la pression des grands groupes, il est désormais interdit de publier des articles, brèves et reportages gratuits sur Internet. Le contenu doit être payant. Différents tarifs sont proposés, selon les thèmes d'actualité. La sécurité informatique sera le plus lourdement taxé.
C'en est terminé de l'information gratuite. Sous la pression des plus grands groupes de médias, le gouvernement vient d'amender la Loi sur l'Economie Numérique afin d'accommoder leurs ambitions : faire payer tous les contenus numériques, et pas seulement la musique.
Première pierre à l'édifice de cet ambitieux programme : l'information. Face à la concurrence déloyale que représente les sites d'actualité gratuits, les sites d'information payants n'avaient jusqu'à présent guère de recours. Mais grâce à ce nouvel amendement, tout le monde part enfin sur un pied d'égalité : les gratuits deviennent payants, et tout le monde est content.
Le consommateur n'est bien sûr pas oublié dans l'histoire. Mieux : placé au centre de ce dispositif citoyen, il peut espérer bénéficier de contenus d'une plus grande qualité. "Le gratuit, il y a bien une raison pour ce que ca soit gratuit : c'est de l'information dont personne ne veut, tout simplement", explique à juste titre un responsable marketing anonyme, au sein d'un grand groupe de média qui vend aussi de la musique.
Une première vague d'assainissement de cette fange gratuite avait bien commencée il y a quelque mois, avec l'interdiction de publier les paroles de chansons populaires.Mais l'étendue de la loi votée aujourd'hui permet de faire encore bien plus pour le bien du consommateur. Il est ainsi prévu que les sites d'informations soient classés selon le thème des affaires qu'ils traitent. Les sites dont l'information est jugée la plus vitale devront facturer plus cher, afin d'être en mesure de fournir un contenu d'encore meilleure qualité.
La liste des catégories et leur importance respective a été compilée par le gouvernement afin d'éviter de servir des intérêts purement commerciaux. C'est ainsi que l'on retrouve tout en bas de la liste les sites dédiés au macramé et au tic-tac-toe.
Au sommet de la hiérarchie se trouvent l'information économique, la sécurité informatique et la pornographie. Curieusement, personne n'a encore été capable d'expliquer la présence de ce dernier thème en tête de liste. Mais puisqu'ils sont là, les sites de charme devront aussi faire payer plus cher leur contenu jugé critique.
"Internet n'a jamais été conçu pour partager de l'information gratuitement. C'est simplement une mauvaise habitude prise aux premières heures du réseau parce que l'infrastructure de facturation n'était pas encore disponible", commente fort judicieusement un ingénieur avant-vente anonyme, spécialiste du réseau.
Concrètement, les sites ont un mois pour trouver un moyen de faire payer la consultation des articles. La Poste et le PMU sont sur les rangs, avec une "vignette" forfaitaire qui permettrait d'accéder à un ensemble de sites classés par leur thématique. Là encore, la vignette "Sécurité" sera parmi les plus chères.
Mais c'est du côté de France Telecom que se profile le système de paiement le plus original. L'opérateur envisage de proposer aux sites d'information de basculer sur Minitel, ce qui permettrait une juste facturation à la minute et un non moins juste reversement des bénéfices. Le tout sans s'embêter avec le micro-paiement à l'acte et en se basant sur une infrastructure qui a fait ses preuves.
De source autorisée, un décret serait en préparation pour entériner le passage obligatoire des sites web d'information sur le réseau Minitel.
Plus d'information
- Le texte officiel de la loi votée aujourd'hui.
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